Essences de lutherie
Le luthier et les différentes vibrations du bois

Dans un processus de création, le luthier doit parfaitement connaître les différentes essences de bois choisies qui ensemble composeront une guitare.
Mais les critères de sélection sont complexes et nombreux pour atteindre un résultat escompté, et la théorie stricte est trop limitée pour contenir toutes les variantes naturelles du bois et de ses rendus.
La
théorie
pour la lutherie
Les
arbres
et leurs
essences
Les essences peuvent être classées, par exemple, selon leur masse volumique, leur dureté ou leur flexion. Mais on observe des variations intéressantes au sein de ces caractéristiques.
Ainsi, un arbre qui a grandit près d’une rivière n’est pas identique à son semblable qui a étendu ses racines plus loin sur une pente. Celui qui a poussé au nord sera différent de son voisin au versant sud.


Tous les bois utilisés dans la lutherie traditionnelle (palissandre, ébène, érable ondé, acajou,…) et contemporaine (noyer et autres bois indigènes) ont bien-sûr leurs caractéristiques intrinsèques propres, qui restent des génériques, des indications fiables.
Cependant, au fil des guitares que j’ai fabriquées, je me suis rendu compte des possibilités plus larges et plus subtiles que les matières peuvent receler.
Tout est à relativiser pour obtenir une sonorité : le processus de fabrication, la nature spécifique du bois utilisé, son épaisseur, le style de barrage, le diapason, le renversement du manche,…
L'application
pour
le luthier
et l'acoustique
L'art
du facteur
de
guitares
La beauté de la lutherie réside dans son art.
Au-delà de règles et principes de base sur le plan technique, il n’existe aucune combinaison de calculs infaillibles, il n’y a pas de « recette miracle » pour obtenir LE son. La réalisation d’une guitare tient dans l’expérience propre à chaque luthier ainsi que dans l’interprétation qu’il en retire.
C’est le fruit d’un savoir-faire, qui avec le temps s’affine par la sensation. Cela devient viscéral, on le « sent » comme ça…
Et c’est pourquoi chaque instrument aura sa personnalité.
C’est au final la transmission qui vous est faite, de l’essence vitale d’un arbre à travers nos mains, puis les vôtres.

Utilisation des essences de bois
par Stéfan Barrillon luthier à Aix-en-Provence

Suivant le timbre choisi pour l’instrument, j’utilise pour la table d'harmonie soit du cèdre, soit de l’épicéa de sitka (nord du Canada), soit de l’épicéa du Jura ou des Alpes. Le cèdre favorisera la chaleur et le moelleux du son. L’épicéa de sitka permet plus de dynamique et de clarté. L’épicéa Français, plus raide que ses confrères, permet d’être travaillé plus fin pour obtenir une sonorité précise, puissante et dynamique.
Le timbre de la table d’harmonie est à mettre directement en rapport avec le type de barrage que l’on utilise (barrage droit, allégé, en « A » en « X » etc.). La table d’harmonie et le barrage ne fond qu’un et le travail des épaisseurs et des hauteurs de l’un, comme de l’autre, font varier considérablement le grain et l’équilibre sonore de la guitare.
Cèdre et épicéa

Le choix du fond et des éclisses influe le résultat sonore de la guitare. Batteur de formation, je perçois la caisse de résonance d'une guitare davantage comme un fût de batterie plutôt qu’un haut parleur de chaine Hi-Fi. Ce qui me force à penser que la table, en vibrant, entraîne le fond dans sa vibration, d’où son influence sur la sonorité finale. Le plus délicat étant d’accorder le fond avec la table…
Pour cela, les palissandres et autres cousins comme le ziricote ou l’ovangkol sont très largement utilisés. Il offrent a la fois une certaine homogénéité de fibre (stabilité) et une esthétique très agréable. Très denses et raides ils permettent un travail en fines épaisseurs sans sacrifier la tenu de l‘instrument. Le palissandre offre également une essence de choix pour fabriquer les touches.
Palissandre

Qu’il soit du Brésil, de Cuba ou du Honduras, le swetenia macrophila est un acajou de qualité, utilisé de longue date dans la fabrication d’instruments.
Très stable, il tend à donner une sonorité boisée à la guitare, un son précis sans être raide, avec des bas médium beaux, très transparents (clairs).
C’est un excellent choix également, du fait de sa stabilité, pour fabriquer des manches, se marie très bien avec l’ébène
Sa rarefaction fait que l’on utilise également de l’acajou dit de Kaya un peu plus nerveux et un peu plus dense que son cousin swetenia mais qui donne également de bons résultats
Acajou ou mahogany

C’est le bois de prédilection pour les touches. Son noir profond ainsi que ses pores si serrés lui donnent, une fois poncé très fin puis traité, un poli lustré incroyable.
Il est très dense et offre à la frette un siège de qualité dans lequel elle sera sertie sans problème. Sa densité lui donne également un pouvoir d’inertie : il ne s’ébranle pas quand la sinusoïde de la corde vient taper sur la frette, et il renvoie l’énergie avec un minimum de perte.
Pour garantir sa stabilité, un très long temps de stockage dans une hygrométrie contrôlée est nécessaire.
Il y a un « ébène de macassar », de couleur noire qui s’apparente à l’ébène. Bien que similaire, cette variété n’offre pas tout à fait les même résultats à la finition, et parfois parsemée de veines « caramel ».
Ébène

Depuis plusieurs années, entre les difficultés d’approvisionnement et la prise de conscience des problèmes liés a l’écologie, les fabricants d’instruments de musique se sont tournés vers les essences indigènes. En Europe, ce sont essentiellement le noyer, l’érable, et le frêne qui poussent autour de chez nous. Ce sont des arbres feuillus, disponibles en plus grande quantité, et dont le bois permet une exploitation plus facile.
Loin d’être aussi denses qu’un palissandre, ils n’en restent pas moins des essences de choix pour la lutherie, et donnent des rendus très intéressants sur le plan sonore. Ils sont également relativement stables.
Bois indigènes d'Europe

L’érable ondé présente des zones d’ombres et de lumière en zébrures très ostensibles.
L’érable pommelé montre des figures allant du nuage à l’écaille de poisson, pour les dessins les plus prononcés.
L’érable moucheté est certainement le plus nerveux des trois, également appelé « bird’s eye » à cause des petits nœuds qui se développent anarchiquement dans les fibres. Cette variété étant très perturbée je ne l’emploie qu’uniquement en table sur une guitare électrique, ou quand j’ai la chance d’en trouver dans des formats correct pour un fond/éclisse de guitare folk. Jamais en manche.
L’érable ondé que j’utilise vient essentiellement de France (sycomore ondé). Le pommelé (quilted) ou l’érable moucheté (bird’s eye) viennent du canada et des USA.
Érable
